Pour Thotis Prépa, Adèle Payen de la Garanderie, maîtresse de conférences à Nantes Université (promo 2014), Julie, étudiante à l’ENS depuis 2025, et Lucas Person, doctorant (promo 2017), partagent leur expérience de la prépa khâgne et leurs conseils pour réussir le concours de l’École normale supérieure.
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La transition entre la première et la deuxième année de prépa littéraire marque un tournant décisif. Si l’hypokhâgne reste une année de découverte intellectuelle, la khâgne impose une logique de concours où l’organisation devient la clé de la réussite. Les trois normaliens s’accordent sur un point : il faut passer d’une approche exploratoire à une stratégie réfléchie, en privilégiant les matières à fort coefficient et en identifiant ses points faibles pour y consacrer davantage d’efforts.
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Julie : Oui, parce qu’on n’avait plus de devoir sur table le samedi matin, sauf en langues anciennes une semaine sur deux. Tout notre temps de travail était consacré à la révision des concours blancs ; de ce fait, c’était plus facile de s’organiser pour réviser un programme qui dure toute l’année.
J’ai aussi diminué mon temps passé sur les réseaux sociaux !
J’ai travaillé peut-être un peu plus, mais il n’y a pas eu de changement radical dans mon organisation, l’emploi du temps n’ayant pas tant changé.
Lucas : En fait, l’organisation, c’est la clé pour réussir. La première année (hypokhâgne) est souvent une année « plaisir » : on découvre, on lit, on approfondit les matières qu’on aime.
La deuxième (khâgne) est une machine à concours, où il faut raisonner stratégiquement : tenir compte des coefficients, des épreuves, et surtout de ses forces et faiblesses.
Il faut organiser son travail en privilégiant les matières où on est le plus faible, car c’est là qu’on peut vraiment progresser.
Les langues, anciennes ou vivantes, sont d’ailleurs un travail qui paye : quand on connaît son vocabulaire et sa grammaire, les efforts se voient.
Enfin, cette organisation passe aussi par une meilleure connaissance de soi : savoir comment on retient, à quels moments on est efficace, quelles méthodes nous conviennent…
La prépa est autant un voyage intellectuel qu’un voyage personnel : on apprend à se connaître, à comprendre comment on fonctionne, et comment on peut performer.
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La gestion du temps hors des cours constitue un enjeu majeur. Entre travail intensif et nécessité de préserver sa fraîcheur intellectuelle, chacun doit trouver son rythme. Les témoignages révèlent des approches différentes mais convergent sur l’importance de s’accorder des pauses stratégiques et de structurer ses révisions en fonction des échéances.
Julie : Personnellement je travaillais les week-ends, mais je m’accordais une pause le vendredi soir, ou après un devoir de langue ancienne le samedi matin (en général, je travaillais peu le samedi après-midi).
J’allais parfois travailler à la bibliothèque, et il faut savoir que la BPI au Centre Pompidou, est ouverte le dimanche, ce qui est très pratique.
Pour les vacances, tout dépendait des dates des concours blancs ; je lisais, préparais les prochains chapitres, et travaillais l’oral de plus en plus au cours de l’année. En février, j’ai essayé de finaliser toutes mes fiches, pour n’avoir plus qu’à réviser, en commençant par les matières à apprendre par cœur (dates, chiffres…).
J’ai aussi continué à lire de la philo, ce qui prend énormément de temps.
J’ai aussi pratiqué ma langue ancienne presque tous les jours et essayé de lire en anglais.
Lucas : Honnêtement, je travaillais énormément, presque sans week-end ni jours fériés. Je disais pour rire que j’aimais les vacances…pour travailler !
Le week-end, je travaillais souvent de 8h à 20h, en réservant les soirées pour décompresser : dîner, films, etc. Mon emploi du temps était très structuré : plus de temps sur les matières faibles, moins sur celles où j’étais fort. J’utilisais la technique des aller-retours : apprendre le matin, se faire interroger en fin d’après-midi, une méthode efficace confirmée par les sciences cognitives. Je gardais aussi le dimanche après-midi pour le plaisir, lire de la philo ou de la littérature sans lien avec le programme, juste par goût.
L’expérience de l’hypokhâgne permet d’identifier les pièges à éviter en khâgne. Travailler sans stratégie, négliger certaines matières au profit d’autres, ou encore s’épuiser pendant les vacances sont autant d’écueils que les normaliens ont su corriger en deuxième année. La clé réside dans l’équilibre entre approfondissement intellectuel et efficacité méthodologique.
En lien avec cet article : notre interview (VIDÉO) avec Frédéric Worms, directeur de l’ENS – ULM (DG sur Écoute) !
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Julie : En prépa AL, je travaillais trop pendant les vacances scolaires. C’était à la fois un avantage et un inconvénient : même si j’avais déjà énormément avancé, j’étais trop fatiguée pour travailler efficacement à la rentrée.
J’ai donc un peu lâché mes révisions pendant les vacances cette année, aussi parce que l’on sortait de concours blanc à chaque période ; il n’y avait pas grand-chose de nouveau à ficher ou à apprendre.
Par contre j’ai repris un rythme normal pendant les vacances de février, qui sont les dernières avant le concours.
Sinon, les changements ont surtout concerné les méthodes de travail matière par matière, car on a un programme qui dure sur l’année.
Paradoxalement, j’ai eu plus de temps en khâgne, parce que notre méthode est déjà élaborée, ce qui nous fait gagner en efficacité.
Adèle : En première année, je passais trop de temps sur l’Histoire. C’est une matière très riche avec beaucoup d’informations et d’exemples précis à intégrer. Il ne faut négliger aucune matière au profit d’une autre.
Lucas : En hypokhâgne, je travaillais surtout les matières que j’aimais — le français et la philo — au détriment d’une stratégie plus globale. Résultat : j’avais d’excellentes notes dans ces matières, mais des notes catastrophiques en latin. En concentrant mes efforts sur le latin lors de ma deuxième khâgne, j’ai doublé ma note !
Cela dit, mes « erreurs de jeunesse » n’ont pas été inutiles : lire, explorer, approfondir les matières qu’on aime permet ensuite de se construire. Donc oui, c’était une erreur stratégique, mais pas forcément une perte de temps intellectuelle.
Toutes les disciplines ne demandent pas le même investissement. L’histoire, chronophage et fondamentale, constitue le cœur des révisions. Les langues, anciennes comme vivantes, exigent une pratique régulière mais mesurée. La philosophie nécessite du temps de lecture approfondie, tandis que le français peut s’appuyer sur la qualité des cours reçus.
Julie : L’Histoire prend énormément de temps : il faut beaucoup lire, beaucoup apprendre. C’est vraiment le cœur des révisions, et aussi l’épreuve qui fait le plus peur, car elle ouvre le concours.
Les langues anciennes me prenaient environ 15 minutes chaque jour pendant l’année et 30 minutes par jour avant les concours. Parfois je regroupais tout en une séance plus longue mais l’important, c’est la régularité.
En français, j’avais la chance d’avoir d’excellents cours, ce qui diminuait la charge de recherche. Je passais un peu de temps à apprendre mes citations avant les concours.
La philosophie prend beaucoup plus de temps : il faut profiter des vacances pour avancer dans ses lectures.
En langues vivantes, c’est surtout de l’entraînement : lire, faire des plans, des versions, apprendre du vocabulaire. Au début, je faisais une version par semaine, puis une toutes les deux semaines, jusqu’à ce que mon prof me dise d’arrêter car plus nécessaire.
Lucas : Ma routine quotidienne :
- En rentrant des cours (vers 17h), je faisais 1h à 1h30 de latin, puis 1h à 1h30 d’Histoire.
- Après le dîner (j’étais interne à Henri IV, donc le dîner était aussi un moment d’échange intellectuel), je reprenais un peu d’Histoire pour revoir les apprentissages.
- Puis je terminais la soirée par des lectures de long terme (philo, littérature, essais).
- Avant de me coucher, je lisais souvent des textes théoriques (recueils GF en littérature ou en philo) et j’en faisais un petit résumé dans un carnet. C’était très utile pour nourrir mes dissertations.
Les week-ends, je doublais ces temps : par exemple, 2h de latin, 2h d’Histoire le matin, puis à nouveau l’après-midi, avant de garder la soirée pour me détendre.
Le dimanche après-midi, je réservais du temps pour la lecture plaisir en philo ou en lettres.
Et surtout, je préparais toujours les exercices publics (comme les khôlles) à l’avance, même quand ce n’était pas à moi de les passer, pour pouvoir comparer mes analyses avec celles de mes camarades et des profs. C’était un excellent entraînement.
À lire aussi, sur Thotis, en lien avec cet article : découvre le Classement Thotis des PGE (Ecole de commerce) en 2026 :
Classement Thotis des PGE (Ecole de commerce) en 2026
Lucas : Oui, cette méthode m’a réussi, mais il faut savoir s’arrêter. Je me souviens d’avoir révisé jusqu’à 1h du matin avant un oral d’Histoire, puis repris à 4h… Résultat : épuisement et échec.
Il faut privilégier la fraîcheur d’esprit plutôt que la quantité de connaissances. Une date ou un mot de vocabulaire en plus ne change pas la note, alors qu’arriver reposé et concentré peut tout changer.
Enfin, il vaut mieux avoir une vision d’ensemble solide : 20 à 30 exemples bien compris valent mieux qu’une centaine mal maîtrisés.
Pour résumer, les matières « majeures » restent : français, philo, Histoire (sans oublier vos spécialités).
La question du travail collectif divise les préparationnaires. Si certains privilégient la concentration solitaire, tous reconnaissent l’importance des échanges pour préparer l’oral et partager les fiches. Le travail en groupe, lorsqu’il est bien organisé, permet de mutualiser les efforts et de créer une dynamique d’entraide plutôt que de concurrence.
Julie : Je travaillais surtout seule car c’était plus simple pour moi. Mais il est crucial de pouvoir échanger avec des camarades qui avancent au même rythme, surtout pour l’histoire ou le programme d’oral d’Ulm, que l’on n’a pas le temps de préparer seul.
On faisait aussi des sujets ensemble pour comparer nos écrits, notamment en histoire et parfois en philo, car c’est intéressant de réfléchir collectivement.
Honnêtement, je n’aurais jamais réussi le concours sans ces échanges, car on s’est partagés nos fiches, on a parlé des cours et posé des questions.
Je pense que chacun doit trouver son équilibre : certains travaillent mieux en groupe, d’autres seuls. Pour ma part, j’apprenais seule mais je révisais avec d’autres dans les phases de mémorisation.
Lucas : Pas vraiment de révisions ensemble en bibliothèque, mais j’avais des groupes de travail efficaces, surtout en Histoire. On se répartissait les sujets probables d’oral, chacun faisait des fiches et on partageait tout ensuite. Par exemple, j’en ai rédigé 5 et reçu 30 grâce à mes camarades.
Ce système est très utile : gain de temps, utilisation du travail des autres, et pression du groupe qui pousse à tenir ses engagements. Il faut voir ses camarades comme des alliés, pas des concurrents. Dans mon groupe, on s’était dit : « On intégrera l’ENS ensemble ou pas du tout » — et c’est exactement ce qui s’est passé.
Chaque matière appelle des techniques spécifiques. L’apprentissage oral pour les citations, les flashcards pour les dates, les textes à trous pour les spécialités : les normaliens ont expérimenté diverses méthodes avant de trouver celles qui leur convenaient. Un conseil unanime : éviter de perdre du temps à ficher, préférer l’enrichissement des cours plutôt que leur résumé.
Julie : J’en avait une pour chaque matière : en français, j’apprenais mes citations à vois haute, avec parfois quelqu’un au téléphone pour me les faire réciter. En philo, c’était surtout de la relecture de fiches, tout comme en Histoire où j’utilisais des flash cards pour les dates. Pour mes spécialités, j’ai pu apprendre mon cours intégralement sans ficher avec des textes à trous.
Si je pouvais donner un conseil, c’est de ne pas ficher ! Cela prend énormément de temps pour un bénéfice limité ; il vaut mieux enrichir les cours que de les résumer.
Lucas : En anglais, je travaillais surtout à travers mes loisirs : films, lectures, séries en VO.
Mais ma méthode de latin (révisions régulières, apprentissage de vocabulaire) peut tout à fait s’adapter à l’anglais pour ceux qui ont des difficultés.
J’avais lu toutes les œuvres du programme pendant l’été, avant la rentrée. Mais ce n’est peut-être pas la seule méthode qui marche. Que ce soit en français ou en spécialité lettres modernes, je préparais toujours les explications de texte publiques la veille du cours pour pouvoir comparer mon brouillon avec ce que faisaient mes camarades ou mes professeurs.
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Les semaines précédant les épreuves exigent une gestion fine du stress et de l’énergie. Entre révisions intensives et nécessité de garder du recul, les normaliens témoignent de l’importance de maintenir un équilibre jusqu’au bout. La veille des épreuves fait débat : certains conseillent le repos total, d’autres défendent une dernière révision ciblée.
Julie : En début d’année soit après le premier concours blanc, j’ai surtout cherché à comprendre ce que je devais améliorer.
Aux alentours de janvier, on entre dans la dernière ligne droite mais j’ai consulté les masters au cas où, afin de prendre du recul et éviter de stresser inutilement. Un mois avant, nous n’avons plus beaucoup de cours et c’est l’occasion de commencer les premières révisions. Deux semaines avant, c’est là que commence l’intense période de révisions : je ne faisais que cela ! Pour autant, j’ai trouvé cette période agréable car on peut gérer son temps comme on le souhaite et on se voit progresser.
Enfin la veille, j’ai personnellement révisé contrairement à ce que conseillent les profs. Relire à la dernière minute m’a beaucoup aidé, notamment en histoire et en philo.
Lucas : Je n’avais pas nécessairement de manière différente de travailler en fonction de la proximité des concours.
Je découpais les chapitres, tout simplement, c’est-à-dire qu’à l’approche d’un concours blanc ou du vrai concours, je me disais : « là le concours est dans deux semaines, et bien à la fin de cette semaine, tu dois savoir la moitié de tes fiches. Et donc à la fin de la semaine prochaine, tu dois savoir l’autre moitié. » J’essayais aussi de garder des temps de décompression, notamment avec du sport.
Si l’ENS reste l’objectif principal de la khâgne, les normaliens interrogés ont des positions différentes sur l’opportunité de passer d’autres concours. Certains regrettent de ne pas avoir élargi leurs options, d’autres assumaient pleinement ce choix exclusif. Sciences Po, écoles de commerce, Celsa ou écoles de journalisme constituent des débouchés pertinents pour les littéraires.
Avez-vous passés d’autres concours ?
Julie : Je n’ai candidaté qu’à l’ENS parce que c’est ce à quoi on est préparé. Je voulais faire de la recherche, et l’ENS correspondait parfaitement à cet objectif. Autrement, j’aurais fait le choix de la fac, mais l’avantage de l’ENS, ce sont les meilleures conditions d’études et de travail, ainsi que la pluridisciplinarité.
Lucas : Non, uniquement à l’ENS. Avec le recul, c’était peut-être une erreur.
L’ENS mène surtout vers la carrière d’enseignant-chercheur, qui est exigeante et incertaine.
Or, il existe beaucoup d’autres débouchés intéressants : Sciences Po, écoles de commerce, Celsa, écoles de journalisme, etc.
Leur préparation repose sur des programmes proches, donc ce n’est pas une perte de temps de tenter plusieurs concours.
À l’époque, je voulais tellement l’ENS que je me disais : « Si je me laisse une autre porte de sortie, je n’y arriverai pas. »
Mais il ne faut pas mépriser les autres écoles : elles offrent aussi de très belles opportunités.
Au-delà des connaissances académiques, l’ENS recherche des profils équilibrés, curieux et capables de pensée critique. Les normaliens insistent sur l’importance d’un rapport personnel aux textes et aux idées, d’une capacité à questionner le monde et à créer du sens plutôt qu’à réciter par cœur. L’humilité, l’ouverture intellectuelle et l’esprit de recherche sont des qualités essentielles.
Comment être un bon candidat à l’ENS ?
Adèle : Il est important d’avoir un profil bien équilibré entre chaque matière, vous ne devez idéalement pas avoir de grosses lacunes. Il faut aussi avoir un rapport personnel aux textes, aux auteurs et à leurs idées ; ne récitez pas votre cours mais interrogez-vous et incarnez votre savoir. Il faut mettre son savoir en relation avec son expérience personnelle. N’hésitez pas non plus à faire référence à l’actualité.
Julie : À l’écrit, il faut surtout une bonne méthodologie et de solides connaissances. Ce n’est pas du bachotage, mais il faut quand même connaître beaucoup de choses, surtout en Histoire.
À l’oral, je pense qu’il faut être humble. Le jury est composé de chercheurs, donc il faut montrer une curiosité intellectuelle sincère, un vrai intérêt pour la recherche et l’enseignement.
Lucas : Pour être un bon candidat à l’ENS, il ne suffit pas d’avoir un savoir encyclopédique. Il faut surtout :
- Avoir un esprit curieux et éveillé : tout sujet doit pouvoir nous intéresser et nous stimuler.
- Développer un savoir-faire plutôt qu’un savoir figé : capacité à lire un texte inconnu ou traiter un sujet philosophique sans préparation exhaustive, et à en proposer un commentaire pertinent.
- Cultiver le recul et l’esprit critique : être capable d’interroger le monde, de relier les connaissances et de réfléchir de manière dialectique.
- Adopter une attitude générale d’ouverture : la personnalité et l’attitude (curiosité, questionnement constant, culture générale large) comptent plus que le simple apprentissage ou l’éducation reçue.
En résumé : un bon candidat à l’ENS est quelqu’un de curieux, capable de penser par lui-même, d’analyser et de créer du sens à partir de tout sujet, plutôt qu’un « expert » qui récite des connaissances par cœur.
Même les meilleurs candidats peuvent commettre des erreurs lors des épreuves. Hésiter trop longtemps entre deux sujets, sacrifier une nuit de sommeil pour réviser, ou vouloir maîtriser l’exhaustivité d’un programme sont autant de pièges à éviter. La fraîcheur d’esprit et la capacité de concentration priment sur une dernière heure de révision.
Pensez-vous avoir fait une erreur lors du concours ?
Adèle : J’ai eu une mauvaise note à l’oral de français. Nous avons le choix entre deux textes classiques et j’ai passé trop de temps à hésiter, près de 15 minutes, ce qui représente un quart de la durée de l’épreuve ! J’ai surtout fait l’erreur de choisir le texte le plus connu mais avec lequel j’étais le moins à l’aise.
Lucas : Vouloir « tout savoir » pour l’épreuve d’Histoire. La veille de l’oral, j’ai très peu dormi. Résultat, le lendemain, j’étais épuisé, j’avais du mal à me concentrer… et ma note s’en est ressentie. Depuis, j’ai compris qu’une bonne nuit de sommeil vaut parfois mieux qu’une heure de révision de plus.
L’École normale supérieure offre un cadre d’études unique, caractérisé par une grande liberté d’organisation et une ouverture disciplinaire exceptionnelle. Avec peu d’heures de cours obligatoires, les normaliens peuvent explorer diverses disciplines, s’investir dans la vie associative et développer leurs projets de recherche en toute autonomie.
Comment s’organisent les semaines de cours à l’ENS ?
Lucas : J’avais finalement assez peu de cours obligatoires, ce qui me laissait pas mal de liberté dans mon emploi du temps. J’en profitais souvent pour travailler à la bibliothèque, m’investir dans des associations ou avancer sur mes projets de recherche. Cette flexibilité m’a permis d’organiser mes journées à mon rythme et de creuser les sujets qui m’intéressaient le plus.
Adèle et Lucas : que retenez-vous de l’ENS ?
Adèle : L’ENS était comme un grand bain de savoir qui m’a permis de m’essayer à beaucoup de disciplines différentes : sur le campus de Paris, il est possible de suivre des cours de maths, de biologie, de sciences cognitives ou encore d’histoire de l’art. Je m’y suis découvert une passion pour la littérature du XVIe siècle, chose que je n’aurais jamais pu imaginer !
C’est surtout un lieu hors du temps qui contient le plus gros fonds de bibliothèque privée de France. Je me souviens aussi de la proclamation des résultats dans la cour principale, où nous étions nommés par numéros, c’était un moment intense !
La vie associative y est très riche aussi : sport, musique, arts, événements culturels, Nuit de la science, gala de l’École, etc. Il y a un véritable esprit normalien avec son jargon et un réseau, comme dans toutes les grandes écoles.
Lucas : ce que je retiens, c’est la liberté d’organiser mes journées : il n’y a qu’une dizaine d’heures de cours obligatoires par semaine. Je choisissais mes activités selon mes envies, avec curiosité et autonomie: j’ai pu explorer ce qui m’intéresse vraiment et me former par moi-même plutôt que de suivre un emploi du temps rigide.
L’entrée à l’ENS s’accompagne d’un statut particulier qui engage les normaliens sur le long terme. Rémunérés pendant leurs études, ils doivent en contrepartie servir l’État pendant dix ans, dont les quatre années passées à l’École.
En tant que normalien, vous avez un statut de fonctionnaire stagiaire : en quoi consiste ce statut ?
Adèle : Lors de notre entrée à l’École, nous signons un contrat qui nous engage à travailler avec l’État pendant dix ans (les quatre années à l’ENS sont incluses). Après notre sortie, l’École se renseigne chaque année sur notre situation.
Au-delà des études académiques, l’engagement associatif constitue un atout pour développer des compétences complémentaires. Direction de projet, organisation d’événements, gestion d’équipe : ces expériences enrichissent le parcours normalien et préparent à des débouchés variés.
Lucas, tu as été président d’un club (Art Oratoire) : est-ce que ça fait la différence dans la réussite ?
Lucas : Faire partie d’un club, et surtout en être président, m’a beaucoup apporté. Cela m’a permis de développer une passion, de la professionnaliser et de profiter de mon temps libre de façon constructive. Diriger un projet m’a appris des compétences qu’on ne développe pas en prépa ou à la fac: organisation, gestion d’équipes, communication, diplomatie… Être président m’a donc permis d’apprendre autrement et de compléter ma formation académique par l’expérience concrète.
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Les professeurs de prépa transmettent souvent des conseils décisifs qui dépassent le cadre purement académique. Apprendre à relativiser l’échec, privilégier la fraîcheur d’esprit sur l’exhaustivité des connaissances, ou encore progresser pas à pas : ces recommandations accompagnent les normaliens bien au-delà du concours.
Quel est le meilleur conseil qu’un professeur vous ait donné ?
Adèle : Je recommande de ne pas passer trop de temps sur les premières parties lors d’une dissertation ou d’un commentaire de texte.
Julie : Pour les écrits : dormir ! Bien qu’avec le stress, on peut tenir sur une nuit blanche. Autre conseil : bien se concentrer avant chaque épreuve et surtout ne pas trop se laisser distraire par les autres après. Il faut s’isoler et se préparer à la suivante. Et enfin : croyez en vous !
Lucas : Le meilleur conseil que j’ai reçu se résume en deux idées. D’abord, relativiser l’échec: il est normal de ne pas être parfait, et la plupart des erreurs ou refus perdent leur importance avec le temps. Ensuite, progresser pas à pas : après un échec, j’essaie d’identifier ce qui n’a pas fonctionné, de corriger et d’appliquer ces apprentissages à l’avenir. Même un petit progrès est une victoire, et cette méthode m’aide à transformer chaque difficulté en une expérience constructive et concrète.
La majorité des normaliens interrogés ont choisi la carrière académique, entre enseignement et recherche. Si ce chemin exigeant n’est pas le seul débouché possible, il reste celui qui correspond le mieux aux aspirations intellectuelles forgées en prépa.
Julie, que souhaites-tu faire après l’ENS ?
Julie : Après l’ENS ULM, je souhaite devenir enseignante-chercheuse car c’est vraiment la recherche qui m’anime. J’ai aussi énormément de respect pour les enseignants en prépa et en secondaire, même si je ne souhaite pas emprunter cette voie.
Adèle et Lucas, pourquoi avoir fait le choix de poursuivre sur un doctorat ?
Adèle : Cela s’est fait après des rencontres avec des enseignants. Je savais que j’avais envie d’enseigner dans le supérieur. J’ai donc passé l’agrégation en 2017, j’ai candidaté à un contrat de thèse en 2019, même si je savais que l’obtention d’un poste ne m’était pas garantie après.
Assez peu de gens de ma promotion ont passé l’agrégation : la plupart se sont orientés vers la haute fonction publique. Certains ont bâti des carrières internationales dans des ambassades quand d’autres exercent en entreprise privée.
Lucas : D’abord pour la dimension intellectuelle: j’avais une vraie passion pour un auteur et je voulais explorer son œuvre en profondeur. Mais bien sûr, c’est aussi une stratégie professionnelle : finir une thèse est quasi indispensable si je veux travailler en prépa ou dans l’enseignement supérieur.
Au-delà des conseils méthodologiques, les normaliens délivrent un message d’encouragement : la réussite ne dépend ni de son origine sociale ni d’un parcours parfait, mais de la capacité à croire en soi, à travailler avec méthode et à garder confiance dans ses ambitions intellectuelles.
Quel conseil donneriez-vous à un étudiant souhaitant poursuivre le même parcours ?
Lucas : Je lui dirais de croire en ses rêves et de garder confiance : tout est possible. Il ne faut pas se laisser limiter par son milieu d’origine. Même si personne dans ma famille ou mon entourage n’a fait d’études supérieures, j’ai pu réussir et me construire un parcours ambitieux. Je rappelle aussi que les études de lettres et le passage par l’ENS ne mènent pas uniquement au professorat : elles ouvrent des opportunités dans le secteur privé ou d’autres domaines inattendus, grâce à la formation, la culture et les compétences que l’on y acquiert. En résumé, je pense qu’il faut croire en soi, se donner les moyens, et voir au-delà des chemins traditionnels.
