Longtemps considérée comme une voie royale vers l’enseignement et la recherche, la classe préparatoire littéraire s’est progressivement ouverte aux grandes écoles de management. À travers deux tables rondes organisées par Thotis Prépa en partenariat avec l’APPLS et la CDEFM, étudiantes et directeurs d’écoles décryptent ce parcours atypique qui séduit de plus en plus de littéraires.
Pour optimiser ta préparation et structurer ton projet, Thotis met à ta disposition des outils 100 % gratuits : génère ta lettre de motivation avec Thotis LM, télécharge notre Guide Prépa Thotis et retrouve ressources, méthodes et conseils sur Thotis Prépa pour t’accompagner dans ta réussite.
Pour Rêve, Gabrielle et Pia, aujourd’hui respectivement étudiantes à KEDGE, SKEMA et l’ESSEC, le choix de la classe préparatoire littéraire relevait d’abord d’un amour profond pour les lettres et la philosophie. « J’ai toujours eu un attrait pour les langues et la littérature, française ou étrangère », explique Rêve. « En terminale, je savais que je voulais potentiellement faire une école de commerce, mais la prépa littéraire m’ouvrirait beaucoup de portes tout en me permettant de continuer à allier cet amour pour la littérature que je ne voulais pas abandonner. »
Pia, qui poursuit aujourd’hui un double diplôme ESSEC-École du Louvre, résume ainsi l’attrait de cette formation : « La prépa, c’est un temps où on peut vraiment se trouver, avec la conscience qu’on va approfondir une culture générale qui ne s’apprend pas vraiment ailleurs. »
Cette évolution des débouchés répond à une demande mutuelle, comme l’explique Frédéric Nau, président de l’APPLS et professeur au lycée Louis-le-Grand : « Il y avait un souhait d’avoir des débouchés plus variés et pas uniquement l’enseignement et la recherche. Les écoles de commerce ont aussi manifesté un intérêt pour ces étudiants, pour leurs qualités acquises : traitement d’informations abondantes, capacités de rédaction, adaptation à des situations différentes. »
Le rythme de la classe préparatoire littéraire est intense, mais loin des clichés d’enfermement total que l’on pourrait imaginer. Gabrielle tient à déconstruire cette image : « Je n’ai pas été une très grosse travailleuse pour ma prépa. J’avais ce point d’honneur d’avoir une vie en parallèle. Le soir, deux ou trois heures de travail, mais je prenais du temps pour moi. »
Pia nuance toutefois : « Notre prépa fermait à 22h, donc on restait toujours jusqu’à 22h. On n’a jamais vraiment fini de travailler, on peut toujours trouver quelque chose à approfondir. » L’équilibre mental apparaît comme une préoccupation centrale. « Les gens qui se mettent vraiment trop dans la prépa finissent par lâcher et par craquer », observe-t-elle. « C’est hyper important de savoir cloisonner les moments de pause et les moments de travail. »
La gestion du temps reste néanmoins un défi constant. Entre les devoirs maison, les devoirs sur table du samedi et la préparation des spécialités (espagnol pour Rêve, allemand pour Pia, histoire de l’art pour Gabrielle), l’organisation est clé. Rêve partage un conseil pragmatique : « Il vaut mieux travailler moins et travailler de manière efficace que travailler tout le temps et ne pas apprendre grand-chose. »
Pour en savoir plus sur ces prépas, découvre notre page dédiée aux prépas A/L et B/L
Utilise Thotis IA Prépa pour estimer tes chances d’entrer dans l’école de commerce de ton choix
L’une des particularités majeures de la voie littéraire vers les écoles de management réside dans la double préparation aux concours de l’École normale supérieure (ENS) et aux banques d’épreuves BCE et ECRICOME. Cette spécificité représente un défi organisationnel considérable.
« C’était challengeant de devoir prendre du temps pour les deux préparations et prendre du temps pour soi », reconnaît Rêve. « Après les écrits pour l’ENS, on avait dix jours de révisions pour enchaîner. » Frédéric Nau précise le dispositif : « Les écoles utilisent les programmes et les épreuves du concours littéraire. La note de dissertation littéraire sur le programme commun national intervient dans l’évaluation à l’écrit. C’est vraiment à l’oral que chaque école fonde sa propre évaluation. »
Gabrielle met en garde contre un piège : « J’ai trop révisé pour la BCE. J’ai eu 19 en lettres à l’ENS et 10 à la BCE parce que j’ai trop poussé la question. On n’attend pas ça d’un littéraire en commerce. » Pia confirme : « À la BCE, on la passe en quatre heures, ce sont des réflexions moins poussées. Moi j’avais fait huit pages, on m’a dit que c’était beaucoup trop. Alors qu’à l’ENS, j’avais fait 21 pages. »
La période des écrits représente un moment de forte intensité émotionnelle. Gabrielle confie avec franchise : « Moi, j’ai fait des grosses crises d’angoisse pendant les concours. Le dernier jour, j’ai failli abandonner la BCE. Pour l’ENS, je n’étais pas du tout stressée car je considérais que c’était inaccessible. Mais pour les concours des écoles de commerce, c’était très stressant, parce que tu vois que ta vie peut changer devant cette copie. »
La crainte la plus fréquemment exprimée par les khâgneux concerne les mathématiques. Gabrielle et Pia ont toutes deux arrêté les maths en Seconde. Pour accompagner ces profils littéraires, les écoles ont mis en place des dispositifs d’accompagnement spécifiques.
Alexandre Pourchet, directeur général adjoint de NEOMA, rassure : « Il y a des séminaires de remise à niveau dédiés. Bien souvent, ils vont arriver quelques jours avant la rentrée pour pouvoir en bénéficier. Et souvent, et c’est toujours intéressant à regarder, cela va être les étudiants littéraires qui vont le mieux performer dans ces cours-là. »
Rêve témoigne de son expérience à KEDGE : « Ils proposaient des cours de soutien dès notre arrivée pour une remise à niveau. Je m’en suis très bien sortie. La comptabilité, ça allait très bien, même en anglais. » Gabrielle ajoute avec humour : « C’est très concret. Les littéraires, on n’est pas mauvais au concret. Les mathématiques, la comptabilité, ce n’est pas désagréable. »
Au-delà des matières techniques, les grandes écoles de management proposent également des cours qui résonnent avec la formation littéraire. Sébastien Tran, directeur général d’Audencia, cite quelques exemples : « En première année, on a énormément d’électifs en dehors des sciences de gestion : mondialisation et histoire, géopolitique du cinéma et des séries… C’est une forme de continuité qu’ils vont retrouver. »
Si l’intégration peut initialement sembler difficile, le profil littéraire se révèle rapidement un atout majeur, particulièrement en entreprise. Gabrielle en fait un témoignage éloquent : « En école, tu ne ressens pas forcément à quel point ton profil littéraire est un facteur de différenciation, mais dès que tu es en entreprise… J’ai enchaîné huit mois de stage et mes managers convoitaient quasiment uniquement mes qualités littéraires. C’était toujours : ‘Gabrielle, est-ce que tu peux rédiger ça ? Est-ce que tu peux me relire ? Est-ce que tu peux faire une campagne marketing ?’ »
Elle poursuit avec un exemple concret : « Quand tu arrives devant un directeur marketing et que tu lui dis : ‘Cela me fait penser à un livre de Jean-Jacques Rousseau où il y a cet imaginaire, on pourrait faire un pont culturel’, c’est hyper apprécié ; ils ont des étoiles dans les yeux. Et on te répète en permanence : ‘C’est génial, les littéraires, vous avez plein de culture.' »
Pia souligne cette polyvalence : « On est hyper adaptable. On sort d’une prépa littéraire où on a étudié des choses vraiment très spécifiques. Et là, en école de commerce, cela représente une plus-value. On a un double profil. On est capable de traiter énormément de problématiques différentes. »
Rêve insiste sur l’ouverture d’esprit acquise : « En master en business international, on voit une matière sur la culture croisée des différents business. L’ouverture d’esprit qu’on a eue en étudiant la philosophie, on la retrouve en école. Cette mécanique de se mettre à la place de l’autre, on réussit à la réutiliser concrètement. »
Les directeurs d’école confirment cet intérêt croissant des entreprises. Alexandre Pourchet révèle un chiffre surprenant : « Au sein de NEOMA, on a plus de 20 % de nos étudiants littéraires qui vont occuper des fonctions liées à la finance. Ils ont vraiment un terrain de jeu à la sortie qui est extrêmement vaste. »
En lien avec cet article : découvre notre Test des Écoles de Commerce
Rédige une lettre de motivation pour la prépa grâce à Thotis LM
La phase des oraux représente un moment décisif où les candidats doivent valoriser leur profil atypique. Pia met en garde : « C’est vraiment la chose que j’ai eue énormément de mal à justifier. Souvent, les jurés vont nous chercher là-dessus : pourquoi tu sors de prépa littéraire et tu viens en école de commerce ? Je trouve que la meilleure manière, c’est de dire que l’on a cette ouverture d’esprit qui nous permet de nous intéresser à énormément de choses et d’allier cet aspect concret et cet aspect abstrait. »
Gabrielle prône l’authenticité : « On n’est pas défini par la prépa littéraire. Moi, j’adore la philosophie, j’adore les lettres, mais honnêtement, je ne suis pas une énorme lectrice. C’est bête de devoir défendre cette affinité-là. Si on veut devenir chief marketing officer chez L’Oréal, qu’on vienne de prépa littéraire ou de BTS commerce, on s’en fiche. »
Rêve insiste sur la sincérité : « En école de commerce, on ne cherche pas à formater des gens. Ne mentez pas, car cela se voit. On cherche à savoir qui vous êtes, à vous accompagner dans le projet que vous voulez. »
Le tour de France des oraux peut s’avérer épuisant. Rêve reconnaît : « À refaire, il ne faut peut-être pas tenter toutes les écoles parce que ça peut être très fatigant. Parfois, on peut perdre en efficacité. Mais j’avais cette envie d’aller dans toutes les écoles pour voir les ambiances et rencontrer les gens. »
La question financière constitue souvent un frein psychologique pour les étudiants de khâgne. Les frais de scolarité varient selon les écoles : 17 000 euros par an à SKEMA, environ 20 000 euros à l’ESSEC pour un total de 65 000 euros sur trois à cinq ans.
Sébastien Tran recadre le débat : « C’est un coût, mais j’appellerais plutôt cela un investissement, parce qu’il faut placer cela au regard de l’employabilité et des postes occupés à la sortie. L’employabilité est excellente, avec des rémunérations confortables, qui permettent de rembourser des emprunts rapidement. »
Les dispositifs d’aide sont nombreux, mais parfois méconnus. Alexandre Pourchet les détaille : « Il existe les bourses en fonction de critères sociaux, notamment de l’échelon Crous, qui peuvent représenter jusqu’à l’intégralité des frais de scolarité. Les écoles ont tissé des liens avec des partenaires financiers pour des taux préférentiels, voire à zéro. Et l’apprentissage permet de ne pas avoir de frais de scolarité tout en étant rémunéré. »
Gabrielle partage une stratégie : « J’ai obtenu une bourse au mérite de 4 000 euros la première année. Tu peux te dire : au lieu d’être dernier à HEC, tu peux être très haut à SKEMA, KEDGE, et peut-être avoir des aides que tu n’aurais pas si tu étais dernier ailleurs. »
Pia rappelle l’existence de dispositifs complémentaires : « La plupart des gens font des emprunts étudiants. Et je n’ai quasiment jamais entendu parler de quelqu’un qui n’avait pas pu rembourser son emprunt après une école. »
Le passage de la prépa à l’école de management marque une rupture dans le rythme de vie. Pia constate : « On passe du plus clair de notre temps à travailler en prépa à beaucoup plus de temps libre pour des projets, des associations, voir nos amis. »
La vie associative, souvent présentée comme incontournable, ne l’est pas nécessairement. Gabrielle témoigne : « Quand je suis rentrée en école, je ne comptais pas faire partie d’une association ; c’était un choix. J’ai plutôt voulu directement avoir mes projets personnels. Il n’y a pas de pression à intégrer une association. Pour parler franchement, je ne sortais peut-être même pas une fois par semaine, j’allais voir mes amis au café. Je n’ai pas fait de très grosses soirées et je suis pourtant très heureuse dans mon école. »
Rêve nuance toutefois : « Les cours et la vie associative sont vraiment liés. Tout ce que l’on apprend en tant que futur manager, on parvient à le retranscrire dans notre vie associative. On parle de learning by doing. »
La transition n’est pas pour autant une balade de santé. Pia met en garde : « Ceux qui sortent de prépa ECG ont fait beaucoup de maths, beaucoup d’économie. Pour eux, c’est très facile. Ils se mettent à travailler deux jours avant les examens, ça passe. Moi, ce n’était pas ça. Cela m’a demandé du travail pour me mettre à jour. »
Gabrielle confirme : « On m’a dit : ‘tu vas voir, il n’y aura rien’. Et franchement, il y avait pas mal de cours. J’ai trouvé cela difficile. J’ai beaucoup travaillé cette année. »
Si les secteurs traditionnellement associés aux littéraires (luxe, culture, conseil) restent prisés, les possibilités sont bien plus vastes. Frédéric Nau élargit le spectre : « Il y a des domaines identifiés comme littéraires : tout ce qui est lié à la culture, l’industrie cinématographique, la gestion culturelle, l’industrie de la mode, du luxe. Mais à partir de là, les débouchés sont extrêmement variés et liés à des découvertes individuelles au fil de la scolarité. »
Sébastien Tran ajoute : « On retrouve beaucoup de littéraires dans le conseil, parce qu’ils ont des capacités d’analyse rédactionnelle appréciées. On les retrouve aussi dans les grandes administrations de la fonction publique grâce aux doubles diplômes avec des IEP. »
Les projets professionnels des trois étudiantes illustrent cette diversité. Pia vise le mécénat culturel dans les Fondations comme la Fondation LVMH : « Cela allie le côté entreprise et le côté culture. » Gabrielle porte un projet entrepreneurial audacieux : « Je souhaite monter une compagnie de croisières avec mon copain. J’ai fait des stages en compagnie de croisières, des stages en entrepreneuriat. Je suis prête à rater ma carrière pour mon projet. » Rêve, quant à elle, se projette dans l’événementiel sportif international : « J’aimerais travailler dans l’organisation de compétitions sportives comme la Coupe du monde. »
À lire aussi, sur Thotis Prépa, en lien avec cet article : Prépa littéraire : que faire après une Prépa A/L et B/L en 2026 ?
Que faire après une prépa littéraire (A/L et B/L) en 2026 ?
Les trois étudiantes concluent par un message d’encouragement fort. Gabrielle formule son « slogan » : « Le succès, c’est le baromètre de l’adéquation à soi. On est biberonnés à des discours d’élitisme, de faire de grandes écoles, d’avoir les meilleures carrières dans la finance. Moi, je suis contre cela. La bonne voie, c’est la voie dans laquelle on s’épanouit. Il faut être honnête avec soi-même. Il y a tellement de voies et l’école de commerce, c’est hyper large. »
Rêve martèle : « C’est très important de ne pas s’autocensurer. C’est un peu cliché, mais quand on veut, on peut. Je conseille d’aller à la rencontre de beaucoup de profils, dans les salons par exemple. Le rapport humain, c’est ce qu’il y a de plus vrai. »
Pia encourage à la confiance : « Vraiment, faites-vous confiance. Ne vous comparez pas. Vous pouvez avoir des très bonnes surprises au concours. Moi, je m’attendais pas du tout à avoir cela et au vu de mes résultats de l’année, je n’aurais pas dû avoir ces écoles. Accrochez-vous et vous verrez que cela finira par payer. »
Elle conclut sur une note optimiste : « Peu importe l’école dans laquelle vous finissez, vous êtes dans cette école pour quelque chose et vous y serez hyper épanouis. Si vous avez fini là, c’est bien pour une raison. »
Frédéric Nau résume la philosophie à adopter : « Ce sont des concours qui s’adressent vraiment à tous les étudiants. Essayez de multiplier les moyens d’information pour se faire une idée concrète de ce qui se passe dans les écoles. Et si vous sentez que quelque chose vous correspond, alors il faut foncer. »
Les inscriptions aux concours BCE et ECRICOME sont ouvertes jusqu’à mi-janvier 2026. Une opportunité à saisir pour les khâgneux qui souhaitent conjuguer excellence académique en humanités et professionnalisation dans le management, sans jamais renier leur identité littéraire – au contraire, en en faisant un atout distinctif sur le marché de l’emploi.
